Le mois dernier, le CRPV de Lille rappelait, dans son bulletin d’information, l’importance de prendre en considération le risque potentiel lié à une exposition médicamenteuse paternelle lors d’une grossesse.
En effet, lorsqu’une femme prend un médicament au cours de la grossesse, il faut toujours s’interroger sur les potentiels risques liés à cette exposition (molécule concernée, tératogénicité, fœtotoxicité, risque de troubles neurodéveloppementaux, de fausse couche spontanée, période de la grossesse, durée de prise, dose administrée, etc…). Certains médicaments sont, ou seraient, également à risque en cas d’exposition chez le père, notamment ceux possédant des propriétés génotoxiques (chimiothérapies anticancéreuses, Méthotrexate, thiocolchicoside…).
Depuis 2023, la question du risque de l’acide valproïque après une exposition paternelle lors de la conception de grossesse est discutée et débattue, les études épidémiologiques retrouvant des résultats contradictoires tant au niveau malformatif que neurodéveloppemental.
En novembre 2025, les résultats d’une étude portant sur le risque de troubles neurodéveloppementaux en cas d’exposition paternelle au valproate de sodium étaient présentés à l’ANSM [1] : cette étude, réalisée sur la base nationale de remboursement française (SNDS), comparait 4773 enfants nés d’un père traité par valproate pendant la spermatogénèse (enfants de pères exposés) à 3115 enfants nés d’un père traité par lamotrigine ou lévétiracétam (groupe témoin). La durée médiane de suivi après la naissance était respectivement de 11,9 et 11,2 ans. Le risque de troubles du développement intellectuel apparaissait 2 fois plus élevé parmi les enfants de pères exposés que parmi ceux de pères traités par lamotrigine ou lévétiracétam (HR 2,12 [1,02-4,30]) avec un risque confirmé et légèrement plus élevé lorsque la population était restreinte aux enfants dont le père avait une épilepsie identifiée (HR 2,62 [1,07-6,41]). Cette étude confirmait les résultats de Colas et al, qui avaient amené les autorités de santé françaises (en accord avec les autorités européennes) en janvier 2025, à recommander des mesures de précaution en regard de cette exposition paternelle [2].
Ainsi, la question de l’exposition paternelle, qui avait longtemps été ignorée, s’invite désormais et pour de nombreuses molécules, dans les préoccupations à propos de l’exposition médicamenteuse pendant la conception et la grossesse. Cela doit nous inciter à toujours privilégier, en cas de traitement indispensable chez l’homme ou chez la femme en âge de procréer, les thérapeutiques avec lesquelles on dispose du plus grand recul dans ce contexte, même si parfois, les données ne sont pas adaptées pour mesurer tous les risques. N’hésitez pas à solliciter votre CRPV en cas de doute !
Références :
- EPIPHARE. Valproate chez le père et risque de troubles neuro-développementaux chez l’enfant. Consulté le 6/01/26 sur https://www.epi-phare.fr/rapports-detudes-etpublications/valproate-peres-tnd/
- ANSM. Valproate et risques pour l’enfant à naître : les conditions de prescription et de délivrance évoluent pour les adolescents et les hommes susceptibles d’avoir des enfants. Consulté le 06/01/26 sur https://ansm.sante.fr/actualites/valproate-et-risques-pour-lenfant-a-naitre-les-conditions-deprescription-et-de-delivrance-evoluent-pour-les-adolescents-et-les-hommes-susceptibles-davoir-desenfants.
