L’ibuprofène majore le risque de complications en cas de sinusite chez l’enfant

Article extrait du bulletin n°116 des Actualités en Pharmacosurveillance Centre Val de Loire

En cas d’infection bactérienne, la prise d’un antiinflammatoire non stéroïdien (AINS) pour la fièvre ou la douleur associée est de plus en plus remise en cause tant chez l’adulte que chez l’enfant, en raison de données de plus en plus nombreuses sur leur effet délétère dans cette situation.

Plusieurs études expérimentales et des études de pharmacoépidémiologie, en particulier pédiatriques, ont en effet démontré un risque d’aggravation des infections cutanées à type de fasciite nécrosante en cas de varicelle, de complication pulmonaire grave ou de péricardite bactérienne en cas de pneumonie bactérienne ou virale chez les patients ayant pris un AINS pour la fièvre ou les premiers signes cliniques de l’infection (toux,J).

L’objectif de cette étude était de mettre en évidence les facteurs de risque de complications locorégionales (intracrânienne ou intraorbitaire) en cas de sinusite fronto-éthmoïdale chez l’enfant. Les auteurs ont analysé les dossiers d’enfants pris en charge dans des services hospitaliers d’ORL pour une sinusite aiguë éthmoïdale et/ou frontale. Les enfants ont été séparés en deux groupes en prenant en compte l’exposition ou non à un AINS avant l’hospitalisation et le taux de complications locorégionales a été comparé entre les deux groupes.

L’étude a inclus 120 enfants d’âge médian 8 ans (9 mois à 18 ans). Tous avaient une histoire clinique débutant par une fièvre associée à des céphalées et ont été adressés en ORL avec un délai médian de 6 jours pour majoration des céphalées ou fièvre persistante. Sur les 120 enfants inclus, 90 n’avaient pas reçu d’AINS (40 filles et 50 garçons) et 30 en avaient pris (14 filles et 16 garçons). Il s’agissait toujours d’ibuprofène, prescrit pour une durée médiane de 6,2 jours (1 à 10 jours) à la posologie recommandée (adaptée au poids), et dans 22 cas il était associé à un antibiotique. Les enfants exposés à l’ibuprofène étaient plus jeunes que les non exposés (4,5 ans vs 11,5 ans ; p = 0.003). Le taux de complications locorégionales était de 80% (24/30) chez les enfants exposés (complication orbitaire dans 47% des cas et intracrânienne dans 43%). Dans le groupe non exposé à un AINS, le taux de complications locorégionales n’était que de 44% (N = 40) (29% de complications orbitaires et 18% intracrâniennes).

Les auteurs concluent qu’en cas de sinusite fronto-éthmoïdale, l’exposition à l’ibuprofène est associée à un risque de complications locorégionales 4 fois plus élevé (aOR =4.8 [1.7-12.8]), et de complications intracrâniennes au mois double (aOR = 2.82 [1.1-7.2] ; P = 0.015), mais pas de complications orbitaires (aOR = 2.2 [0.94-5.25]. Le risque de complication intra-orbitaire n’était pas lié à l’intensité de la douleur initiale, alors que les complications intracrâniennes étaient plus fréquentes en cas de douleurs initiales plus intenses. Cependant, la prise d’un AINS n’était pas liée à l’intensité de la douleur (p=0.124).

Même s’il s’agit d’une étude rétrospective de méthodologie discutable, car non exempte de biais (en particulier le biais prothopatique en lien avec l’indication, les sinusites motivant une prescription d’AINS étant peut être aussi celles qui se compliquent plus souvent), ses conclusions sont en faveur d’une majoration du risque de complication bactérienne grave en cas de prise d’un AINS lors d’une sinusite frontale ou éthmoïdale.

Pour mémoire, l’enquête française de pharmacovigilance récente sur les AINS dans la fièvre ou la douleur avait recensé 13 cas d’empyème cérébral, le plus souvent à Streptocoque, dont 11 chez des enfants après exposition à l’ibuprofène, pris pour céphalées dans le cadre d’une sinusite ou d’une otite moyenne aiguë et associé à un antibiotique dans 30% des cas.

Cette étude vient compléter les études déjà disponibles sur les effets délétères de l’utilisation d’un AINS en pédiatrie pour la fièvre ou la douleur en cas d’infection bactérienne, et ce même s’il est associé à une antibiothérapie. Les auteurs, recommandent de ne pas utiliser d’AINS en cas de céphalée fébrile chez l’enfant et de préférer le paracétamol dans la mesure où ces manifestations peuvent signer une sinusite débutante. Nous ne pouvons que confirmer cette recommandation, ce d’autant que les AINS ne sont pas supérieurs au paracétamol dans cette situation.

Eur Ann Otorhinolaryngol Head Neck Dis. 2020 Mar;137(2):99- 103.

Le mésusage des médicaments

Article extrait du bulletin n°116 des Actualités en Pharmacosurveillance Centre Val de Loire

Depuis la récente Directive Européenne sur la pharmacovigilance (Directive 2010/84/UE publiée au JO de l’UE du 31 décembre 2010), les CRPV assurent, outre le recueil des effets indésirables des médicaments, le recueil et la transmission à l’ANSM des informations portées à leur connaissance concernant les erreurs (ou risque d’erreur médicamenteuse) et le mésusage. Cette directive a donc élargi la définition des effets indésirables aux conséquences d’utilisations non conformes au Résumé des Caractéristiques du Produit.

Le mésusage peut être défini par une utilisation intentionnelle et inappropriée, non conforme aux termes de l’AMM (pour l’indication, la voie d’administration, la posologie ou la durée de traitement) ainsi qu’aux recommandations de bonnes pratiques.

En effet, selon le rapport « Bégaud et Costagliola de 2013 » « en France l’impact sanitaire et économique de l’utilisation hors recommandations des produits de santé est, de toute évidence, considérable, tant par le nombre des maladies et complications qui pourraient être évitées par une prise en charge optimisée que par la iatrogénie évitable ».

Afin d’identifier les situations de mésusage, le Réseau des CRPV met en ligne un site internet qui permet aux professionnels de santé ambulatoires, en particulier les pharmaciens, de signaler de façon anonyme des situations de mésusage. Seules les déclarations de mésusage non compliquées d’effet indésirable sont concernées (celles compliquées d’EI sont à transmettre au CRPV).

Ce site, développé initialement par nos collègues de Bourgogne Franche-Comté est maintenant accessible à tous. L’objectif est une centralisation nationale par les CRPV puis une transmission des données à l’ANSM. Si des cas spécifiques demandent une réponse ou une analyse, ils sont transmis au CRPV de la région concernée. Dans le cadre de la situation exceptionnelle que nous rencontrons, il est d’autant plus important de connaître les situations de mésusage en lien avec le COVID-19. Rendez-vous donc sur le site : https://www.projet-mesange.fr/

Prise en charge des problèmes dentaires pendant la grossesse

Article extrait du bulletin d’information en pharmacovigilance de Nouvelle Aquitaine n°1

Depuis août 2018, un nouveau dispositif de prévention bucco-dentaire pour les femmes enceintes a été mis en place, visant à sensibiliser la future mère sur la santé bucco-dentaire et à faciliter le recours au chirurgien-dentiste au cours de la grossesse. En effet, souvent par peur pour la santé de leur futur bébé, les femmes enceintes hésitent à se faire soigner pendant la grossesse et parfois, les professionnels de santé appréhendent de donner des soins aux femmes enceintes.

L’absence de soins dentaires au cours de la grossesse peut avoir des répercussions chez la femme enceinte et le fœtus et serait un facteur de risque de complications de la grossesse comme, par exemple, la maladie parodontale et l’augmentation du risque de naissance prématurée, de pré-éclampsie, de retard de croissance in utero, de faible poids de naissance.

Les problèmes doivent être traités avant la survenue de complications obstétricales. Il n’y a aucune contre-indication à réaliser des soins dentaires (caries, abcès, gingivite, etc.). L’examen bucco-dentaire peut être complété par des radiographies intrabuccales si nécessaire et l’établissement d’un programme de soins.

Diagnostic radiographique

Au cours de la grossesse, une dose d’irradiation délivrée à l’utérus inférieure à 100 mGy n’est pas source d’inquiétude. Compte-tenu de la localisation éloignée de l’utérus et des faibles doses délivrées (1 à 8 mGy pour un cliché intrabuccal), il n’y a pas lieu de refuser un examen radiographique intrabuccal. Néanmoins, pour rassurer la patiente, un tablier de protection peut être utilisé par précaution. Il est conseillé de limiter le nombre de clichés au minimum.

Anesthésie dentaire

Une anesthésie dentaire peut être réalisée quel que soit le terme de la grossesse. Les anesthésiques locaux, articaïne, lidocaïne et mépivacaïne sont utilisables, seuls ou associés à l’adrénaline. L’administration d’un vasoconstricteur, l’adrénaline, ralentit le passage de l’anesthésique dans la circulation générale et permet d’obtenir un champ opératoire peu hémorragique. Les données concernant l’utilisation de l’articaïne et de la mépivacaïne au 1er trimestre de la grossesse sont quasi inexistantes, alors qu’elles sont nombreuses pour la lidocaïne. C’est pourquoi l’utilisation de la lidocaïne doit être privilégiée au cours de la grossesse, même si le passage plasmatique des anesthésiques locaux associés à l’adrénaline lors d’une anesthésie dentaire est négligeable.

Antalgiques

Les antalgiques peuvent être prescrits à la femme enceinte, sauf les AINS qui sont contre-indiqués dès le début du 6e mois de grossesse en raison de leur foetotoxicité. Parmi les antalgiques non-opioïdes, on choisira le paracétamol. Si nécessaire, il sera possible d’utiliser un antalgique opioïde faible, la codéine, ou un opioïde fort, la morphine. Si un opioïde est utilisé à l’approche du terme, le nouveau-né devra être accueilli par une équipe médicale informée du traitement maternel. Les corticoïdes comme la prednisone ou la prednisolone peuvent aussi être utilisés quel que soit le terme de la grossesse.

Antibiotiques

L’antibiotique peut être prescrit à des fins curatives ou préventives. En médecine bucco-dentaire, les situations de recours aux antibiotiques sont peu fréquentes. Les antibiotiques recommandés en pratique courante pour les soins dentaires en ambulatoire chez l’adulte sont les pénicillines (amoxicilline, amoxicilline/acide clavulanique), les macrolides azithromycine, clarithromycine, spiramycine), les apparentés aux macrolides (clindamycine, pristinamycine), un nitro-5-imidazolé (métronidazole), une cycline (doxycycline).

Chez la femme enceinte, les cyclines sont contre-indiquées dès le début du 2e trimestre de la grossesse. Il n’y a pas de restrictions pour les autres antibiotiques cités ci-dessus.

Références

  • https://www.ameli.fr/haute-vienne/chirurgien-dentiste/exercice-liberal/prescription-prise-charge/soin-ebdfemmes- enceintes/soin-ebd-femmes-enceintes
  • http://www.ufsbd.fr/wp-content/uploads/2015/07/Articles-Femmes-Enceintes-et-parodonties-PD-18.pdf
  • https://www.irsn.fr/FR/professionnels_sante/radiopro_patients/Documents/IRSN_F2-V3_Grossesserayonnements-ionisants.pdf
  • https://www.irsn.fr/FR/professionnels_sante/faq/Pages/faq_radiologie_dentaire.aspx#.XjxlDmhKjIU
  • https://odonte.com/index.php/2016/01/22/soins-dentaires-chez-la-femme-enceinte/
  • http://www.infectiologie.com/UserFiles/File/medias/_documents/consensus/2011-afssaps-Recobuccodentaire. pdf
  • https://societechirorale.com/documents/Recommandations/recommandations_foyers_infectieux_texte_court _1.pdf

Tramadol : durée maximale de prescription réduite de 12 mois à 3 mois

Article extrait du bulletin d’information en pharmacovigilance de Nouvelle Aquitaine n°1

A partir du 15 avril 2020, la durée maximale de prescription des médicaments contenant du tramadol (voie orale) sera limitée à 3 mois (1).

Le tramadol est commercialisé en France depuis 1997. Il est inscrit sur la liste I des substances vénéneuses et ne peut être obtenu que sur prescription médicale.

Le tramadol est un agoniste des récepteurs opioïdes mu et agit également par inhibition de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline. Il est métabolisé au niveau hépatique principalement par l’isoenzyme CYP2D6 du cytochrome P450 en métabolite actif (O-desméthyl-tramadol) 2 à 4 fois plus actif que la molécule-mère ainsi que par le CYP3A4. Le risque d’effets indésirables peut ainsi être augmenté chez les métaboliseurs ultrarapides du CYP2D6 (environ 5 % de la population caucasienne, 29 % de la population africaine).

Identification d’un mésusage en Addictovigilance

Plusieurs enquêtes du réseau des centres d’addictovigilance (CEIP-A) ont montré un mésusage croissant du tramadol ces dernières années :
C’est le 1er antalgique opioïde cité dans une enquête de 2018 sur les usages problématiques à la fois chez les usagers de drogues mais également dans la population générale après initiation dans le cadre d’un traitement de la douleur. Les usages problématiques observés sont notamment un trouble de l’usage avec des signes de sevrage à l’arrêt survenant même lors de prises à posologies recommandées et sur une courte période, entraînant une prise persistante par des patients qui ne présentent plus de douleur.

  • C’est le 1er antalgique impliqué dans les décès liés à la prise d’antalgiques, devant la morphine.
  • C’est le 2ème antalgique le plus fréquemment retrouvé sur les ordonnances falsifiées présentées en pharmacie, derrière la codéine.

Données de Pharmacovigilance

Le tramadol a fait l’objet de plusieurs enquêtes de pharmacovigilance (2) et il faut également rappeler les risques d’effets indésirables graves, dont certains sont parfois méconnus :

  • Effets indésirables neuropsychiatriques, notamment abaissement du seuil épileptogène et risque de convulsions, vertiges, confusion, hallucinations, agitation, délire, etc.
  • Syndrome sérotoninergique, qui peut comprendre confusion, agitation, fièvre, etc. dans le cadre d’interactions médicamenteuses, en cas d’association avec des antidépresseurs (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, imipraminiques) ou avec un antibiotique ayant des propriétés Inhibiteurs de la MonoAmine Oxydase (IMAO), le linézolide, etc…
  • Des cas de syndrome sérotoninergique ont également été décrits sous tramadol seul, dans le cadre d’un surdosage.
  • Risque d’interaction médicamenteuse avec les anticoagulants oraux de la classe des AVK, avec déséquilibre de l’INR.
  • Risque d’hypoglycémie et d’hyponatrémie.
  • Risque d’erreur médicamenteuse chez l’enfant avec le tramadol en solution buvable, avec des surdosages se manifestant par une somnolence, des vomissements, des convulsions, un myosis, voire un coma et une dépression respiratoire, pouvant être d’évolution fatale. La prescription doit être claire, préciser la posologie en nombre de gouttes par prise et le nombre de prises par jour, avec la nécessité de bien expliquer aux parents les modalités de prise et les signes cliniques de surdosage qui doivent alerter (3).

Cette mesure de limitation de la durée de prescription du tramadol permet de rappeler qu’il est important de traiter la douleur, mais qu’une réévaluation régulière est nécessaire pour s’assurer de la prise en charge adéquate et vérifier l’absence de troubles de l’usage (des grilles d’évaluation rapides existent, en particulier, l’échelle POMI (Prescription Opioid Misuse Index) (4, 5)) (accès au bulletin pour l’échelle POMI)

Quel que soit le cadre de la prescription, en ville ou après des soins dentaires, une chirurgie ambulatoire, une admission aux urgences ou en sortie d’hospitalisation, la prescription de tramadol doit être la plus courte possible, avec une réévaluation de la douleur ; l’information, l’«accompagnement» des patients est primordial, en particulier en sortie d’hospitalisation, où l’arrêt de la prescription doit rapidement être prévu en accord avec le médecin traitant.

Références

  • (1) ANSM. Tramadol : Une mesure pour réduire le mésusage en France. Point d’information. 16/01/2020 https://www.ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/TRAMADOL-unemesure-pour-limiter-le-mesusage-en-France-Point-d-information
  • (2) Moulis F, et al. Effets indésirables « graves » du tramadol : bilan 2011–2015 de pharmacovigilance en France. Therapies 2017 ; 72 : 615-24
  • (3) ANSM. Solution buvable de tramadol chez l’enfant : attention aux erreurs médicamenteuses. Point d’information. 16/06/2016 https://ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/Solution-buvable-detramadol-chez-l-enfant-attention-aux-erreurs-medicamenteuses-Point-d-information
  • (4) Gentile G, et al. Identification and tracking of addictovigilance signals in general practice: which interactions between the general practitioners and the French Addictovigilance network? Fund Clin Pharmacol 2018 ; 32 : 643-651
  • (5) Knisley JS, et al. Prescription Opioid Misuse Index: a brief questionnaire to assess misuse. J. Subst.
  • Abuse Treat. 2008 ; 35 : 380–386

Mésusage médicamenteux

Un mésusage est une utilisation intentionnelle et inappropriée d’un médicament ou d’un produit, non conforme à l’autorisation de mise sur le marché ou à l’enregistrement, ainsi qu’aux recommandations de bonnes pratiques.

Le mésusage médicamenteux concerne sa prescription, sa délivrance, son administration et le suivi de sa toxicité, que ce soit dans le cadre du soin ou en automédication.

Le médicament n’est assurément pas un produit comme les autres et l’une des missions essentielles des professionnels de santé est de contribuer à son bon usage.

Un mésusage peut être responsable d’effets indésirables ayant un réel impact sur la qualité de vie des patients. Il est donc primordial de pouvoir identifier les situations de mésusage afin d’en déterminer les causes, les évaluer, et les éviter si possible, sinon pouvoir les prendre en charge efficacement et rapidement. 

Un mésusage médicamenteux se déclare en pharmacovigilance !

Le projet MESANGE (mésusage en milieu ambulatoire) mis en place en région Bourgogne-Franche-Comté par les CRPV de Dijon et de Besançon permet une déclaration facile et anonyme (si souhaité) des mésusages médicamenteux.

Accès au site MESANGE

Accès à la déclaration en ligne

Que savoir sur chloroquine et hydroxychloroquine ?

Nous vous invitons à consulter les liens suivants mis à jour régulièrement:

Chloroquine-hydroxychloroquine, nivaquine-plaquenil, c’est quoi ?

La chloroquine ou l ‘hydroxychloroquine: sont elles efficaces pour prévenir ou traiter l’infection par coronavirus?

L’ANSM sécurise l’accès aux traitements Plaquenil et Kaletra pour les patients atteints de maladie chronique – Point d’Information – ANSM : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé

Pas d’AINS pour les symptômes du COVID-19 et respect du bon usage du paracétamol…

Les anti-inflammatoires peuvent s’avérer dangereux en cas d’infection, quel que soit le type d’infection, y compris par COVID-19.

Dans le cadre de l’épidémie actuelle d’infection à COVID-19, le ministre de la santé a lancé un appel pour alerter sur le risque d’aggravation de l’infection en cas de prise d’AINS (dont l’ibuprofène) ou d’initiation d’un traitement par cortisone.

Le risque de surinfection lié aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) est bien connu avec la varicelle où ils sont contre-indiqués. Mais le nombre important de notifications d’infections graves chez l’adulte, en particulier cutanées, ORL ou respiratoires au décours de la prise d’un AINS pour fièvre et/ou douleur non rhumatologique, indiquent que cette complication n’est pas limitée au contexte de varicelle chez l’enfant (cf bulletins Echos de pharmacovigilance N°19 et VigipharmAmiens avril 2019).

Rappels sur le bon usage du paracétamol

Chez l’adulte et l’enfant de plus de 50 kg

  • La posologie recommandée est de 500 milligrames à 1 gramme maximum par prise, à renouveler en cas de besoin au bout de 4 h.
  • Il n’est généralement pas nécessaire de dépasser 3 grammes de paracétamol par jour, à répartir en 3 ou 4 prises et en respectant toujours le délai d’au moins 4 heures entre 2 prises. 
  • Cependant, en cas de douleurs plus intenses, la posologie maximale peut être augmentée, sans jamais dépasser 4 grammes par 24 heures.
  • L’absence d’effet suffisant ne doit pas justifier l’augmentation des doses ni le rapprochement des prises ! Il faut consulter un médecin, ou un dentiste s’il s’agit d’une douleur dentaire.

Attention! De très nombreux médicaments contiennent du paracétamol,  il est important de savoir les reconnaître afin d’éviter un surdosage! Des associations existent avec le tramadol, la codéine, mais également des associations multiples sous les noms de FERVEX®, ACTIFED®, HUMEX®… Soyez vigilants et regardez toujours la composition des médicaments que vous consommez.

Chez l’enfant il est également primordial de respecter les recommandations : la forme sirop permet une dose adaptée au poids.

  • Il est impératif d’utiliser uniquement la pipette fournie avec le médicament et surtout pas une autre !
  • L’intervalle entre 2 prises est au minimum de 6 heures.
  • Chez l’enfant de moins de 40 kg, la dose totale de paracétamol ne doit pas dépasser 80 milligrammes par kg et par 24 heures.
  • Chez l’enfant de 41 kg à 50 kg, la dose totale de paracétamol ne doit pas excéder 3 grammes par 24 heures.

Attention à l’automédication! lisez bien les notices des médicaments et n’hésitez pas à demander conseil à un professionnel de santé !

Consulter aussi:
https://sfpt-fr.org/covid19-foire-aux-questions

COVID-19: l’ANSM prend des mesures pour favoriser le bon usage du paracétamol

Effets indésirables médicamenteux dus à une rupture de stock

Des ruptures de stocks de médicaments sont régulièrement constatées. Les professionnels de santé en sont informés par l’ANSM, mais les alternatives, lorsqu’elles existent, ne sont pas toujours satisfaisantes.

Une rupture de stock peut conduire, selon le cas, à un changement de substance médicamenteuse, de forme galénique, de voie d’administration, de dosage, de présentation, etc…

Malgré les précautions prises, ces modifications peuvent parfois induire des erreurs de pratique par les professionnels de santé ou des erreurs de prise par les patients. Par ailleurs, ces changements peuvent s’accompagner d’effets indésirables, d’interactions, voire d’une inefficacité du médicament.

C’est pourquoi, le réseau des CRPV vous invite à bien mentionner dans vos déclarations de pharmacovigilance si l’effet indésirable ou l’erreur médicamenteuse s’est produit dans un contexte de rupture de stock.

Tous acteurs! tous vigilants!

Antalgiques opioïdes et grossesse

Article extrait du bulletin VIGINEWS n°8 des CRPV d’Angers et de Nantes

Selon leur efficacité antalgique, les opioïdes peuvent être classés en opioïdes dits « faibles » pour les douleurs modérées (niveau 2 OMS) et en opioïdes dits « forts » pour les douleurs modérées à fortes (niveau 3 OMS).

Codéine (opioïde « faible » – niveau 2 OMS)
La codéine est commercialisée sous forme associée au paracétamol ± aspirine ± ibuprofène dans plusieurs spécialités. Les données portant sur les nouveau-nés exposés à la codéine au 1ier trimestre sont nombreuses et n’ont pas mis en évidence d’augmentation du risque de malformation, de prématurité ou de faible poids à la naissance. La possibilité d’une faible augmentation des malformations cardiaques a été soulevée par des études de cohorte et de surveillance.
Une étude cas-témoin de 2011 de Broussard et al. a mis en évidence une faible association entre la prise d’opioïdes au 1er trimestre et le risque malformatif durant l’organogénèse (malformations cardiaques, spina bifida…) (OR (IC95%) : 1,8 à 2,7). Les opioïdes les plus représentés étaient la codéine (34,5%), l’hydrocodone (34,5%) et l’oxycodone (14,4%). Les auteurs concluent que ce risque était d’une augmentation modeste par rapport au risque de base des anomalies congénitales (2 à 3%). De plus, le biais de mémorisation est important dans cette étude. Ces données ne sont pas confirmées à ce jour.
A proximité du terme, il est conseillé de limiter la posologie et la durée de traitement en raison du risque de dépression respiratoire néonatale et de syndrome de sevrage survenant notamment lors d’une utilisation chronique de la codéine à dose thérapeutique. Le syndrome de sevrage apparait généralement dans les 24 à 72 premières heures de vie et se manifeste par des signes neurologiques (agitation, hyperexcitabilité, cris aigus, trouble du sommeil, trémulations, hypertonie) et des signes digestifs (succion inefficace, régurgitations, vomissements, diarrhées). Dans ce cas, une surveillance attentive du nouveau-né les premiers jours de vie est nécessaire.

La codéine, en prise ponctuelle est le traitement de 1ère intention durant la grossesse lorsqu’un antalgique de palier II est nécessaire.

Tramadol (opioïdes « faibles » – niveau 2 OMS)
Le tramadol est commercialisé seul ou associé à du paracétamol ou du dexkétoprofène dans différentes spécialités. Ses effets analgésiques opioïdes à action centrale sont également associés à l’inhibition de la recapture neuronale de noradrénaline et à l’augmentation de la libération de sérotonine. Il passe la barrière placentaire. Les concentrations néonatales et maternelles sont équivalentes. Concernant le risque malformatif du tramadol, peu de données sont disponibles chez l’Homme mais à ce jour aucun élément inquiétant n’est publié. Les études de tératogénicité réalisées sur le Rat et la Souris n’ont pas mis en évidence d’augmentation du risque malformatif. En cas de traitement prolongé jusqu’à l’accouchement, le tramadol pris à dose thérapeutique peut entraîner une dépression respiratoire et un syndrome de sevrage néonatal identique à celui décrit pour la codéine, en raison de sa composante opioïde. Il est préférable de ne pas utiliser de tramadol durant la grossesse en raison du manque de données pertinentes.

Opium (opioïdes « faibles » – niveau 2 OMS)
Les données sont peu nombreuses, mais sans risque identifié en cas d’exposition en début de grossesse. Ses effets étant attribués à la morphine, les données pourraient être extrapolées à celle-ci, sans risque tératogène identifié mais pouvant être à l’origine de signes d’imprégnation ou d’un sevrage néonatal en cas de prise en fin de grossesse.
La poudre d’opium, présente dans les spécialités LAMALINE® (opium,
paracétamol, codéine) et IZALGI®(opium, paracétamol) est déconseillée durant la grossesse en raison du manque de données.

Morphine et ses dérivés (opioïdes « forts » – niveau 3 OMS)
Les données chez les femmes exposées à la morphine au 1er trimestre de grossesse sont nombreuses et le recul est important. Aucun effet malformatif particulier de la morphine n’est apparu à ce jour.
Le fentanyl, l’oxycodone et l’hydromorphone franchissent la barrière placentaire. Les données sur le risque malformatif sont peu nombreuses à ce jour et sont insuffisamment pertinentes pour garantir leurs innocuités
durant la grossesse. En conséquence, ces 3 molécules sont déconseillées durant la grossesse.

Quel que soit l’opioïde prescrit, en cas de traitement prolongé et/ou de fortes doses jusqu’à l’accouchement, ils peuvent entraîner une dépression respiratoire et un syndrome de sevrage néonatal identique à celui décrit pour la codéine. Si un antalgique de palier III est nécessaire chez une femme enceinte, la morphine, en prise ponctuelle de préférence est le traitement de 1ère intention, les autres morphiniques sont déconseillés par manque de données pertinentes.

Références bibliographiques

  • Fereira E, Martin B, Morin C. Grossesse et allaitement guide thérapeutique 2ème ed 2013, ed du CHU Sainte Justine, Montréal ISBN 978-2-89619-606-7
  • CRAT : centre de référence sur les agents tératogènes. https://lecrat.fr/ dernière consultation le 05 décembre 2019
  • GG.Briggs, et al. Drug in pregnancy and lactation 11th edition. Philadelphia : Wolters Kluwer Health; 2017
  • Micromedex/Drugdex: www.thomsonhc.com/hcs/librarian consulté le 23 septembre 2019
  • Schaefer C, et al. Drug during pregnancy and lactation 3th edition. Oxford : Elsevier ; 2015
  • Broussard, et al. Maternal treatment with opioid analgesics and risk of birth defects. Am J Obstet Gynecol 2011 ; 204 :314-7

Consultez l’article sur article sur antalgiques non opioïdes et grossesse dans Viginews n°7