Immunothérapie anticancéreuse : les CAR T-cells

Article extrait du bulletin VIGINEWS n°7 des CRPV de Nantes et d’Angers

L’immunothérapie constitue l’un des grands axes de développement dans la prise en charge des patients atteints de cancers. Trois types d’immunothérapie ont été développés :

  • l’immunothérapie anti-tumorale passive (anticorps monoclonaux ciblant un antigène tumoral)
  • l’immunothérapie active (inhibiteurs de point de contrôle immunitaire et interleukines thérapeutiques, cf. VigiNews n°3)
  • l’immunothérapie adoptive. Cette dernière consiste à reprogrammer ex vivo le contenu génique des lymphocytes T du patient afin qu’ils expriment à leur surface un récepteur chimérique ciblant un antigène des cellules tumorales (Chimeric Antigen Receptor T-cells, CAR T-cells).

La production des CAR T-cells requiert plusieurs étapes et le délai de mise à disposition par le laboratoire est de l’ordre de 3 à 4 semaines. Tout d’abord, les leucocytes du patient sont prélevés par cytaphérèse et les lymphocytes T isolés. Ces derniers sont modifiés génétiquement avec des vecteurs viraux afin d’exprimer le récepteur chimérique d’intérêt. Les CAR T-cells sont le plus souvent administrées après un conditionnement par chimiothérapie lymphodéplétive (i.e., cyclophosphamide/fludarabine), dans le but de favoriser l’expansion homéostatique in vivo des CAR T-cells administrées.

Structure des cellules CAR T
La fraction de liaison du CAR-T cells à la cible antigénique provient d’un fragment d’anticorps (single-chain variable fragment, scFv – fragment variable d’immunoglobuline monoclonale sous forme simple brin). La partie intracellulaire peut être composée, du domaine entraînant l’activation
lymphocytaire et la réponse cytotoxique (CD3-zeta), d’un ou plusieurs domaines provenant de protéines réceptrices de costimulation (e.g., 4-1BB, CD28) permettant d’améliorer les capacités de prolifération et de survie des cellules CAR T (Figure 1).

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Lithium et laxatifs…attention!

Article extrait du Bulletin Interactif des CRPV de Marseille et de Nice

Le Lithium est un « vieux » médicament dont les effets thérapeutiques découverts au XIXème siècle ont été redécouverts en 1950, le plaçant comme traitement incontournable des troubles bipolaires.

Il est caractérisé par une marge thérapeutique étroite, les concentrations plasmatiques efficaces à l’équilibre étant comprises entre 0,6-1,2 mEq/L, toutefois, des taux de 0,5-0,8 mEq/L diminuent le risque de toxicité et suffisent généralement à prévenir les rechutes chez les patients bipolaires. Le seuil de toxicité est par contre de 1.5 mEq/L. Il est donc important de connaître le profil pharmacocinétique du Lithium: Il est caractérisé par une absorption rapide et quasi complète (90% de la dose administrée) au niveau du tractus gastro intestinal, un faible volume de distribution et une absence de liaison aux protéines plasmatiques, une élimination essentiellement rénale (90%) avec une réabsorption tubulaire en compétition avec le sodium, qui justifie la surveillance du ionogramme et la prudence lors de coprescription avec des diurétiques.

La demi-vie est de 12 à 24h après ingestion d’une dose unique si la fonction rénale est normale, elle augmente jusqu’à plus de 50h en cas de traitement de longue durée.

Il est également important de connaitre les symptômes les plus courants en cas de surdosage qui sont d’ordre neurologiques (pouvant aller jusqu’au coma), digestifs, cardiaques avec modifications électrocardiographiques (arythmie, bloc auriculoventriculaire, allongement de l’intervalle QT), rénaux (troubles de la concentration des urines, insuffisance rénale). L’hospitalisation est nécessaire en cas de surdosage, avec correction éventuelle des troubles hydrélectrolytiques et épuration extra rénale dans les cas les plus graves. Une surveillance prolongée est indispensable, en raison d’un possible relargage du lithium dans les suites d’une accumulation intracellulaire.

Les constipations chroniques liées à la pathologie psychiatrique sous-jacente et aux traitements antipsychotiques associés justifient fréquemment l’utilisation de laxatifs au long cours. Il convient donc d’être prudent lors de
l’instauration ou l’arrêt de tels traitements lorsqu’ils sont associés au lithium.

Une surveillance rapprochée de la lithémie avec adaptation éventuelle des posologies est alors nécessaire.

Références bibliographiques

  • Ward ME, Musa MN, Bailey L. Clinical pharmacokinetics of lithium. J Clin Pharmacol 1994; 34:280.
  • Timmer RT, Sands JM. Lithium intoxication. J Am Soc Nephrol 1999 ; 10 : 666-74.
  • Amdisen A. Clinical features and management of lithium poisoning. Med Toxicol Adverse Drug Exp 1988; 3:18.

Exposition paternelle et médicaments anti-rejets

Article extrait du bulletin VIGINEWS n°5 d’avril 2019 (CRPV de Nantes et d’Angers)

Il existe peu de données sur l’influence de l’exposition paternelle aux médicaments sur l’issue d’une grossesse. Toutefois, il est démontré que certains médicaments utilisés par des patients de sexe masculin peuvent engendrer une toxicité pour l’embryon1. L’usage de  médicaments par l’homme lors d’un désir de procréation et pendant toute la durée de la grossesse de la partenaire jusqu’à  l’accouchement, pourrait avoir une influence sur la descendance en raison de différents mécanismes :

  • toxicité directe avec passage de médicament tératogène dans le liquide séminal, puis dans la circulation embryo- ou foeto-maternelle après absorption par la muqueuse vaginale (le risque serait alors du même type que dans le cas d’une exposition maternelle, mais à moindre concentration),
  • atteinte du matériel génétique et épigénétique des cellules au cours de la spermatogénèse.

Compte-tenu du peu de données, pour minimiser les risques potentiels avec les médicaments anti-rejets, des mesures de précaution peuvent être prises :

  • utilisation de préservatifs afin d’éviter le contact avec le sperme lors d’une grossesse,
  • • report de la conception entre 3 et 6 mois après la fin de l’exposition paternelle. Ce délai est discuté dans la littérature et tient compte de  la durée de l’élimination du médicament soit 7 demi-vies et inclut 1 cycle de spermatogénèse (74 jours), délai nécessaire pour éliminer les spermatides et spermatozoïdes directement exposés.

Suite au point d’information publié par l’ANSM en 2018 concernant la réduction du risque lié à l’exposition au mycophénolate au cours de la grossesse, nous proposons une synthèse sur l’exposition paternelle concernant l’ensemble des médicaments anti-rejets.

Lire la suite de l’article et tout le bulletin VIGINEWS n°5

Médicaments et troubles de l’audition

Rappels sur l’oreille et son fonctionnement

L’oreille est composée de trois parties :

  • L’oreille externe qui comprend le pavillon (caisse de résonnance) et le conduit auditif externe.
  • L’oreille moyenne qui comprend le tympan, les osselets et la trompe d’Eustache.
  • L’oreille interne qui contient l’organe de l’audition : la cochlée et l’organe de l’équilibre : le système vestibulaire.

La cochlée contient des cellules ciliées au contact desquelles naissent les fibres du nerf auditif. Ce sont des cellules (neurosensorielles) qui transforment un signal mécanique en signal électrique.

Les troubles de l’audition correspondent à une altération de la perception des sons

  • On parle de surdité (diminution partielle ou totale de la capacité à percevoir les sons) ou d’hypoacousie.
  • La surdité peut être unilatérale (une seule oreille) ou bilatérale (deux oreilles), brutale ou progressive.
  • Le niveau de la surdité dépend de la perte en décibels (dB). Une surdité profonde correspond à une perte de plus de 90 dB (ce qui correspond à peu près à l’intensité d’un klaxon de voiture).

Il existe deux grands types de surdité  :

  • Les surdités de transmission, dues à une affection de l’oreille externe ou moyenne.
  • Les surdités de perception, dues à une affection de la cochlée ou du nerf auditif. Elles peuvent être associées à des vertiges.

La première cause de surdité est le vieillissement. On parle alors de presbyacousie. Mais d’autres causes existent : infections, traumatismes, tumeurs, ….et  certains médicaments !

Les médicaments qui peuvent donner des troubles de l’audition sont appelés médicaments ototoxiques.

Ils affectent généralement l’oreille interne et d’autres signes peuvent accompagner cette surdité tels que des acouphènes (sifflements), des vertiges, des nausées.

Le délai de survenue d’une ototoxicité médicamenteuse varie selon le médicament, allant de quelques heures ou quelques jours, jusqu’à plusieurs années après le début du traitement. La surdité peut s’aggraver avec la poursuite du médicament et même parfois après son arrêt. Mais la surdité peut aussi ne pas être remarquée tout de suite.

S’il s’agit d’une destruction des cellules ciliées, l’atteinte est irréversible. Il peut également s’agir d’une perturbation de l’équilibre des fluides de l’oreille interne (endolymphe). 

Les principaux médicaments en cause sont les suivants  (cette liste n’est pas exhaustive):

  • Certains anti-infectieux :
    • Antibiotiques :
      • Aminosides (gentamicine, amikacine, netilmicine, tobramycine, néomycine),
      • Macrolides (érythromycine),
      • Minocycline,
      • Polymyxine B (gouttes auriculaires),
      • Vancomycine,
    • Autres : interféron, souches vivantes atténuées du vaccin ROR (mais le risque faible comparé à celui de l’infection naturelle), quinine (paludisme et crampes) et chloroquine
  • Certains anticancéreux : cisplatine, carboplatine, vinblastine, vincristine, thalidomide, bortézomib
  • L’aspirine et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ex : ibuprofène, naproxène, etc.)
  • Les diurétiques de l’anse : furosémide et bumétanide
  • Des médicaments utilisés dans les troubles de l’érection: sildénafil, tadalafil
  • D’autres molécules telles que le protoxyde d’azote, les biphosphonates, l’acide valproïque.

NB : certains médicaments ototoxiques ont également une toxicité rénale (néphrotoxiques) : cisplatine, vancomycine, aminosides, anti-inflammatoires non stéroïdiens.

 Les principaux facteurs de risque d’ototoxicité médicamenteuse sont l’administration de fortes doses du médicament et/ou une administration rapide, l’utilisation concomitante de plusieurs médicaments ototoxiques, les âges extrêmes, un contexte de déshydratation, la présence ou le développement d’une insuffisance rénale et l’exposition au bruit. Ces facteurs doivent être pris en compte par le médecin lors d’une prescription de médicaments ototoxiques.

Le patient, informé de ces risques, doit être attentif aux signes évocateurs tels qu’une baisse de son audition, la survenue de vertiges ou d’acouphènes et en parler rapidement à son médecin pour qu’il prenne les mesures les plus appropriées.

Si vous présentez un trouble auditif suspecté d’être induit par un médicament, il doit être déclaré à votre CRPV!

Portail de signalement des évènements sanitaires indésirables

Depuis mars 2017, le portail de signalement des évènements indésirables sanitaires indésirables est à disposition de toute personne et de tout professionnel de santé qui souhaite effectuer une déclaration par voie électronique. Il est directement accessible par le lien signalement-sante.gouv.fr

Ce portail permet de signaler plusieurs types d’évènements indésirables, dont les effets indésirables médicamenteux qu’ils soient avérés ou simplement suspectés.
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Voici quelques indications pour bien remplir votre déclaration de pharmacovigilance 
  • Avant tout, rassemblez tous les documents médicaux en relation avec l’effet indésirable que vous allez déclarer (ordonnances, comptes rendus médicaux, résultats de laboratoire, etc).
  • Rendez-vous sur le portail 
  • Cocher la case « Médicament ou vaccin »
  • L’écran suivant vous apporte des indications qui pourront varier en fonction de l’actualité.
  • Vous pouvez également choisir à cette étape si l’effet indésirable est en relation avec une situation de dépendance ou d’addiction à un médicament, ou si le/les médicament(s) sont utilisés pour obtenir des effets euphorisants, calmants, stimulants, excitants, hallucinogènes.
  • Ensuite le formulaire est à remplir soigneusement, c’est à dire en apportant des réponses les plus précises possibles. Toutes les cases qui ont un astérisque rouge sont obligatoires. Ce sont les éléments indispensables pour que nous puissions analyser votre déclaration.
  • La partie « description de l’effet » est extensible et s’allongera au fur et à mesure de votre récit. Cette partie est importante car, en plus des éléments indispensables que vous aurez renseignés (dates , nom du/des médicament(s),  motif de l’utilisation…), votre description nous aidera à bien comprendre chronologiquement ce qui vous est arrivé. Par exemple: le 17/02/2018, j’ai eu des maux de tête, puis à midi ma tension était augmentée à 18/10 et j’ai constaté une éruption sur tout le corps, avec des démangeaisons. Le soir même, j’ai consulté mon médecin qui a aussitôt arrêté le médicament X  et en 3 jours, ma tension était redevenue normale et l’éruption avait disparu en 2 jours. Le médecin m’a prescrit un médicament contre l’allergie. Je dois bientôt aller faire un bilan chez un allergologiue.

Tous les renseignements que vous nous apporterez nous aideront à analyser au mieux votre déclaration et à la valoriser en cas d’émergence d’un signal.

Si vous rencontrez des difficultés, des annotations sont disponibles dans le formulaire. Vous pouvez aussi contacter votre CRPV qui vous aidera à remplir la déclaration.

Retraits de lots de spécialités à base d’irbésartan

L’ANSM a été informée par le laboratoire Arrow Génériques de l’identification de N-nitrosodiéthylamine à des taux supérieurs aux limites fixées par l’agence européenne du médicament (EMA) dans des lots d’irbésartan. Les patients sont invités à contacter leur pharmacien pour le remplacement des boites des lots incriminés actuellement. Pour en savoir plus cliquer sur https://ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/Rappel-de-lots-de-medicaments-a-base-d-irbesartan-Point-d-Information

Par ailleurs; l’ANSM insiste auprès des professionnels de santé pour qu’ils respectent strictement la conduite à tenir  consacrée au valsartan, afin de préserver les stocks résiduels aux patients pour lesquels il n’existe pas d’alternative.

Risques liés à une mauvaise observance thérapeutique

L’observance thérapeutique est définie comme la capacité à prendre correctement son traitement, c’est-à-dire tel qu’il est prescrit par le médecin. L’observance concerne la prise médicamenteuse – posologie, horaire, nombre de prises – mais aussi l’application des règles hygiéno-diététiques, le suivi médical et les visites de contrôle.

L’observance thérapeutique est primordiale pour le patient. Elle représente également un enjeu de santé publique, car elle permet de réduire les facteurs de morbidité (proportion de personnes malades) et de mortalité induits par une maladie traitée (1).

Les pathologies chroniques (hypertension artérielle, tuberculose, greffe d’organe…) sont particulièrement impactées par l’observance. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la proportion de malades chroniques respectant leur traitement n’était que de 50 % dans les pays développés  (2). Ainsi,

  • les patients atteints de maladies pulmonaires, de diabète ou encore de troubles du sommeil seraient en particulier peu « observants » (3)
  • au contraire, les taux d’observance sont meilleurs chez les patients atteints d’affections aiguës, d’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), de troubles gastro-intestinaux ou de cancer.

Plusieurs études ont évalué les risques liés à une mauvaise observance thérapeutique:

  • La sous-utilisation chronique de médicaments peut conduire à un mauvais contrôle des symptômes de la maladie traitée, comme par exemple : une fréquence augmentée des crises d’épilepsie, une plus grande dépendance aux traitements de la crise d’asthme, un rejet du greffon en cas de transplantation d’organe, un déséquilibre de la tension artérielle associé à un risque accru d’accident vasculaire cérébral (AVC), l’apparition de mutation du VIH ou de la tuberculose avec des résistances aux traitements, etc.
  • En revanche, une bonne adhérence aux traitements ayant une balance bénéfice-risque favorable serait associée à une mortalité plus faible, ceci étant particulièrement confirmé dans le diabète de type 2.
  • Il est également important de noter qu’une bonne adhérence au traitement placebo montre un effet similaire (4). Ainsi, les patients témoignant d’une bonne observance auraient aussi, en général, un comportement favorisant la prévention (régime alimentaire adapté, exercice, suivi médical…) (5).

Globalement, même s’il est difficile d’exclure tout biais d’interprétation, une bonne observance médicamenteuse est associée à une réduction du risque de mortalité et d’hospitalisation toutes causes confondues (6).

L’observance est améliorée par plusieurs facteurs :

  • un schéma d’administration simple et des modalités de prise bien comprises,
  • l’éducation des patients à leur traitement (appelée éducation thérapeutique)
  • une courte durée de traitement (mais ceci n’est pas toujours possible…),
  • sa bonne tolérance et une bonne compréhension du risque d’effet(s) indésirable(s)
  • et bien sur…l’efficacité du traitement !

Une méta-analyse récente a comparé 771 études s’intéressant aux interventions proposées pour améliorer l’observance (7). Une amélioration était plus volontiers obtenue par des interventions basées sur l’habitude et sur le comportement, en comparaison aux approches cognitives. Les interventions les plus efficaces étaient celles réalisées en face-à-face, par les pharmaciens et directement aux patients.

Une bonne observance thérapeutique est essentielle pour permettre une réponse thérapeutique satisfaisante et pour éviter les complications iatrogènes, que la maladie traitée soit aiguë ou chronique. Les raisons de l’inobservance sont multifactorielles et nécessitent un dialogue du patient avec ses professionnels de santé afin de bien comprendre les bénéfices attendus et les risques encourus.

N’hésitez pas à en parler avec votre médecin, votre pharmacien

ou votre Centre Régional de Pharmacovigilance !

Références 

  1. Lamouroux A, Magnan A, Vervloet D. [Compliance, therapeutic observance and therapeutic adherence: what do we speak about?]. Rev Mal Respir. 2005 Feb;22(1 Pt 1):31–4.
  2. World Health Organization. Adherence to Long-term Therapies: Evidence for Action. Geneva, Switzerland; 2003.
  3. Dimatteo MR. Variations in Patients’ Adherence to Medical Recommendations: A Quantitative Review of 50 Years of Research. Med Care. 2004 Mar 1;42(3):200–9.
  4. Simpson SH, Eurich DT, Majumdar SR, Padwal RS, Tsuyuki RT, Varney J, et al. A meta-analysis of the association between adherence to drug therapy and mortality. BMJ. 2006 Jul 1;333(7557):15.
  5. ‘Observance’ des traitements : pas si simple. Prescrire Int. 2007 Oct;27(288):782–5.
  6. Khunti K, Seidu S, Kunutsor S, Davies M. Association Between Adherence to Pharmacotherapy and Outcomes in Type 2 Diabetes: A Meta-analysis. Diabetes Care. 2017 Nov 1;40(11):1588–96.
  7. Conn VS, Ruppar TM. Medication adherence outcomes of 771 intervention trials: Systematic review and meta-analysis. Prev Med. 2017 Jun 1;99:269–76.

Inhibiteurs de la pompe à proton, des médicaments pas si anodins…

Qu’est-ce qu’un inhibiteur de la pompe à proton (IPP) et à quoi sert-il ?

Un IPP est utilisé pour diminuer la quantité d’acide produite par l’estomac (il augmente le pH gastrique) et ainsi traiter ou prévenir un ulcère gastroduodénal ou une inflammation de l’œsophage (œsophagite).

Cinq molécules (oméprazole, esoméprazole, lansoprazole, pantoprazole et rabéprazole) sont actuellement disponibles en France, avec de nombreux génériques.

Il existe une équivalence d’efficacité entre les IPP : comme par exemple 10 mg d’oméprazole  20 mg d’ésoméprazole. Cf tableau ci-dessous :

Molécule

Nom commercial

Demi-Dose Adulte

Pleine dose Adulte

Esoméprazole

INEXIUM® et génériques

20 mg

40 mg

Lansoprazole

OGAST®, OGASTORO®,  LANZOR® et génériques

15 mg

30 mg

Oméprazole

MOPRAL®, ZOLTUM® et génériques

10 mg

20 mg
Pantoprazole

INIPOMP®, EUPANTOL® et génériques

20 mg

40 mg

Rabéprazole

PARIET® et génériques

10 mg

20 mg

Les IPP sont utilisés dans :

  • le traitement du reflux gastro-œsophagien (RGO) et de l’œsophagite par RGO
  • la prévention et le traitement des lésions gastroduodénales dues aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) chez les patients à risque ;
  • l’éradication de Helicobacter pylori et le traitement des ulcères gastroduodénaux.

La durée de traitement doit être la plus courte possible et être réévaluée régulièrement par un médecin.

Un nombre important de prescriptions paraissent injustifiées, telles que la prévention des lésions gastroduodénales dues aux AINS utilisés dans le cadre d’affections aiguës chez des patients non à risque (patients de < 65 ans, n’ayant pas d’antécédent d’ulcère, n’étant pas traités par corticoïdes ou antiagrégant plaquettaire).

Effets indésirables des IPP

Les IPP sont  habituellement bien tolérés mais, comme tout médicament, ils peuvent avoir des effets indésirables, notamment lors de traitements de longue durée. Par leur mécanisme d’action (i.e. augmentation du pH gastrique), ils peuvent, à long terme, diminuer l’absorption du fer et du magnésium dont les conséquences peuvent être :

  • une anémie ;
  • une carence en magnésium avec des tremblements fins et des troubles du rythme cardiaque ;
  • une carence en calcium avec des fractures osseuses ;
  • une infection pulmonaires ou ORL suite à la migration de bactéries virulentes du tube digestifs, telle que Clostridium difficile, Salmonella, etc…
  • des troubles neurologiques (secondaires à une baisse du taux de sodium dans le sang).

Par ailleurs, chez certains patients, ces médicaments peuvent également entraîner des réactions d’hypersensibilité qui sont à l’origine :

  • de thrombopénie (baisse des plaquettes) ;
  • d’hépatite ;
  • d’insuffisance rénale aiguë.

Tous ces effets peuvent être graves, mais régressent généralement après l’arrêt du médicament.

Interactions médicamenteuses

Les IPP sont sources d’interactions médicamenteuses notamment avec le clopidogrel (PLAVIX®), le méthotrexate (IMETH®, NOVATREX®), etc…).

Pour toute question, n’hésitez pas à en parler avec votre médecin, votre pharmacien ou votre centre de pharmacovigilance.

Bibliographie

  1. Haastrup PF, Thompson W, Søndergaard J, Jarbøl DE. Side Effects of Long-Term Proton Pump Inhibitor Use: A Review. Basic Clin Pharmacol Toxicol 2018;123:114‑21.
  2. Bavishi C, DuPont HL. Systematic review: the use of proton pump inhibitors and increased susceptibility to enteric infection: Systematic review: proton pump inhibitors and bacterial diarrhoea. Aliment Pharmacol Ther 2011;34:1269‑81.
  3. Moledina DG, Perazella MA. PPIs and kidney disease: from AIN to CKD. J Nephrol 2016;29:611‑6.

Je prends un anticoagulant oral, quels sont les risques ?

Les anticoagulants oraux sont utilisés dans le traitement et la prévention des thromboses  (caillots de sang dans les veines ou les artères). Les principales maladies traitées ou prévenues par les anticoagulants sont les phlébites, les embolies pulmonaires ainsi que les accidents vasculaires cérébraux chez les patients avec un cœur irrégulier (fibrillation auriculaire).

En France, les anticoagulants sont prescrits, chaque année, à un peu plus de 3 millions de patients et plus particulièrement dans la tranche d’âge des plus de 65 ans.

Parmi les anticoagulants oraux on distingue :

  • Les médicaments anti-vitamine K appelés AVK, utilisés depuis plus de 50 ans. Il s’agit de : Coumadine® (warfarine), Préviscan® (fluindione), Sintrom® et MiniSintrom® (acénocoumarol).
  • Les anticoagulants oraux directs (AOD), parfois encore appelés nouveaux anticoagulants (NACO) car ils sont plus récents. Il s’agit de Pradaxa® (dabigatran), Xarelto® (rivaroxaban) et Eliquis® (apixaban).

Le principal risque associé à la prise d’un médicament anticoagulant est le risque hémorragique. Un accident hémorragique peut survenir avec tous les anticoagulants et à tout moment, mais il est plus fréquent et plus grave en cas de surdosage médicamenteux.

Lorsque vous êtes traité par un anticoagulant, vous devez être suivi de près par votre médecin référent.

  • Si vous prenez un anti-vitamine K (AVK), la surveillance repose sur la mesure de l’INR (International Normalized Ratio) par une prise de sang. Votre médecin connait votre cible d’INR et ajuste le traitement selon le résultat. En cas de surdosage, l’INR augmente.
  • Pour les nouveaux anticoagulants, la surveillance de la fonction rénale (par dosage de la créatininémie et calcul de la clairance de la créatinine) est essentielle pour prévenir le risque de surdosage, car il n’y a pas d’examen sentinelle pour le dépister.

En cas de surdosage, il existe une prise en charge spécifique en fonction des différents anticoagulants.

Si vous prenez un anticoagulant, quel qu’il soit, vous devez prévenir tous les soignants qui s’occupent de vous (médecins spécialistes, chirurgien, anesthésiste, dentiste, kinésithérapeute, infirmière …) afin qu’ils prennent les précautions nécessaires pour minimiser le risque hémorragique (par exemple, éviter une injection intra-musculaire).

Si on vous prescrit un anticoagulant, vous devez être informé des spécificités de votre traitement médicamenteux.

Par exemple :

  • L’alimentation est un facteur d’interférence avec les anticoagulants de type anti-vitamine K (AVK).
  • Une bonne observance, c’est-à-dire le respect de la prescription du médecin, est nécessaire à une bonne efficacité du traitement anticoagulant.
  • Un traitement anticoagulant ne doit pas être arrêté brutalement sans un avis médical.
  • Il y a des risques d’interférence entre les médicaments anticoagulants oraux et de nombreux autres médicaments. Il faut informer votre médecin de l’ensemble de vos médicaments prescrits (parfois par un autre médecin) ou pris en automédication (attention aux anti-inflammatoires, au paracétamol…). Votre pharmacien saura également vous informer sur ces risques.
  • Si vous envisagez une grossesse, l’exposition aux anticoagulants d’un embryon et d’un fœtus peut être dangereuse. Il est impératif de prévenir votre médecin pour qu’il adapte votre traitement.

Lire aussi: 

Quoi de neuf sur les antivitamine K? Point d’information ANSM du 5/12/2018

Hypersensibilité médicamenteuse : allergique ou non allergique ?

On désigne par « hypersensibilité médicamenteuse » l’ensemble des réactions cutanées ou générales (dites « systémiques ») qui se produisent lors de la prise d’un médicament et qui ressemblent à de l’allergie, qu’elles soient réellement de mécanisme allergique, c’est-à-dire immunologique (impliquant le système immunitaire), ou non.

L’hypersensibilité peut donc être allergique ou non.

Par ailleurs, les réactions d’hypersensibilité, quel que soit leur mécanisme, peuvent être immédiates (quelques minutes à environ 2 heures après la prise du médicament) ou retardées (quelques heures à plusieurs semaines après la prise du médicament).

Hypersensibilité d’origine allergique

L’hypersensibilité allergique implique l’immunité spécifique ce qui signifie que, lors d’un premier contact, la personne allergique s’immunise et développe :

  • soit des anticorps dans le cas d’une allergie immédiate (qui sont en général des anticorps appelés IgE),
  • soit des lymphocytes dits « T spécifiques » du médicament, dans le cas d’une allergie retardée.

Le diagnostic d’allergie est important à identifier, car les réactions peuvent être sévères et mettre en jeu le pronostic vital. L’allergie vraie reste peu fréquente et, globalement, seuls 10 % des patients hypersensibles à un médicament sont véritablement allergiques à ce médicament.

En cas d’allergie, le médicament responsable, ainsi que parfois ceux qui lui ressemblent chimiquement, seront ensuite le plus souvent contre-indiqués. Car en cas de réintroduction, la réaction est souvent plus sévère que la première réaction.

  • Hypersensibilité allergique immédiate

Appelée anaphylaxie, elle peut se manifester sous plusieurs formes de gravité variable:  urticaire (plaques rouges œdémateuses prurigineuses de taille variable, semblables à des piqures d’ortie), démangeaisons (prurit), œdème (gonflement) notamment du visage et/ou des paupières, de la langue, de la gorge (angiœdème), nausées et vomissements, diarrhée, difficulté respiratoire, malaise, et dans les cas les plus graves chute brutale de la pression artérielle et perte de connaissance (choc anaphylactique).

Les principaux médicaments impliqués dans ces réactions immédiates sont les antibiotiques (surtout les bêta-lactamines) et les curares (pouvant être utilisés en anesthésie générale). Mais de nombreux autres médicaments sont aussi concernés.

  • Hypersensibilité allergique retardée

La forme la plus fréquente se manifeste par des rougeurs de la peau (on parle d’érythème, de macules, de papules…), plus ou moins étendues et pouvant être associées à des démangeaisons (prurit). Dans certains cas, très rares mais très graves, l’atteinte cutanée est majeure (avec des bulles, un décollement de la peau, comme une brûlure) associée à une atteinte des muqueuses (œil, bouche, nez, régions génitale et anale), de la fièvre, des anomalies du bilan biologique, etc.

Il existe également d’autres types de réactions allergiques retardées, comme par exemple des pustules ou une éruption ressemblant à de l’eczéma.

Les principaux médicaments impliqués dans ce type de réactions retardées sont l’allopurinol, certains antiépileptiques et les antibiotiques. Mais là encore, d’autres médicaments peuvent être concernés.

Prise en charge  de l’hypersensibilité allergique médicamenteuse

Quel que soit le type de réaction allergique, le traitement principal consiste à arrêter le (ou les) médicament(s) pouvant être en cause et à utiliser des médicaments pour lutter contre les signes allergiques (antihistaminiques, corticoïdes). En cas de réaction anaphylactique sévère, le médecin utilisera de l’adrénaline. Si une réaction allergique est grave, elle peut nécessiter une hospitalisation.

Hypersensibilité médicamenteuse d’origine non allergique

Lorsque le mécanisme n’est pas allergique, la personne ne développe ni anticorps ou ni lymphocytes spécifiques du médicament et on emploie parfois les termes de « pseudo-allergie », « intolérance » ou « réaction anaphylactoïde ».

L’hypersensibilité non allergique est bénigne dans la majorité des cas, mais ses signes cliniques ressemblent …à ceux d’une réaction allergique !

L’hypersensibilité non allergique peut être due à différents mécanismes qui sont de nature pharmacologique, c’est-à-dire liés aux propriétés pharmacologiques du médicament. Ce sont par exemple :

  • L’accumulation de leucotriènes qui se produit avec les anti-inflammatoires non stéroïdiens ou AINS (ex : ibuprofène, diclofénac, aspirine, etc. ),
  • La libération directe d’histamine par dégranulation des mastocytes et des basophiles induite par certains médicaments comme les produits de contraste iodés, la vancomycine, la codéine, les chimiothérapies anticancéreuses, etc.
  • L’accumulation de bradykinine par les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC).

L’hypersensibilité non allergique ne conduit généralement pas à une contre-indication du médicament car la réaction est le plus souvent non grave et peut être évitée par des mesures préventives médicamenteuses (antihistaminiques, corticoïdes) ou par la diminution ou l’espacement des prises. Excepté pour les angiœdèmes (notamment avec les IEC) qui imposent l’arrêt définitif du médicament en raison du risque d’asphyxie.

Comment reconnaitre un mécanisme allergique? Le rôle primordial du bilan allergologique

La consultation chez un allergologue permet de préciser le mécanisme de la réaction d’hypersensibilité. Le bilan allergologique doit être réalisé par un médecin ou une équipe spécialisé(e) et entrainé(e). Ce bilan permet non seulement de confirmer (ou d’éliminer) le diagnostic d’allergie médicamenteuse, mais aussi de mettre en place des mesures de prévention appropriées et de rechercher des alternatives, si la responsabilité du médicament est démontrée.

Les tests chez l’allergologue sont généralement réalisés 4 à 6 semaines après la fin de la réaction d’hypersensibilité. Ces explorations sont indispensables après une hypersensibilité immédiate pour laquelle le mécanisme est à préciser pour chaque médicament suspecté. Elles sont utiles mais d’interprétation plus délicate dans les hypersensibilités retardées.

Le bilan comprend :

  • un interrogatoire minutieux afin de bien préciser le type de réaction, les signes cliniques, les délais de la réaction, les autres médicaments pris avant la réaction, les antécédents allergiques.
  • des tests cutanés, éventuellement complétés par des tests biologiques (prise de sang).

Si l’allergie à un médicament est confirmée, la personne allergique ne devra pas reprendre ce médicament, on parle alors de « contre-indication » et une carte d’allergie lui est remise. Parfois, plusieurs ou tous les médicaments de la même famille viennent à être contre-indiqués.

  • Si les tests allergologiques sont négatifs, un test de provocation orale peut être réalisé. Il consiste à réintroduire, en milieu hospitalier, un médicament pour lequel le diagnostic d’allergie est quasiment exclu après le bilan et permettre sa reprise si le test s’est bien passé.

Un rendez-vous chez l’allergologue vous est prescrit, allez-y c’est important!