Le bâillement, un effet indésirable médicamenteux peu connu

Article paru dans Bip Occitanie N°2

Le bâillement est un comportement stéréotypé complexe impliqué dans la stimulation de la vigilance et le maintien de l’éveil. Il peut survenir au cours de processus physiologiques (faim, hypoglycémie, somnolence, etc.) ou  pathologiques (pathologies neurologiques, infectieuses, métaboliques ou psychiatriques).

La neuropharmacologie du bâillement est complexe et non encore totalement élucidée. L’acétylcholine est l’effecteur au niveau muscuàààlaire. La dopamine, l’ocytocine et les acides aminés excitateurs sont les neuromédiateurs déclenchant le bâillement au niveau de l’hypo-thalamus. Ce phénomène peut devenir invalidant lorsque les bâil-lements sont produits en excès (salves répétées pluriquotidiennes de 20 à 50 bâillements successifs) provoquant des douleurs voire une luxation de la mâchoire.

Un bilan des cas de bâillement iatrogène déclarés au système de pharmacovigilance français depuis 1985 recense 63 notifications pour lesquelles:

  • L’âge médian de survenue est de 47 ans (min-max : 2 -88), sans pré-dominance liée au sexe.
  • Le délai d’apparition médian du bâillement par rapport à l’introduction du médicament est de 24 heures (min-max : 10 minutes – 8 mois ; p25-p75 : 2 h – 8j).
  • L’évolution est le plus souvent favorable après arrêt du traitement ou réduction de la posologie.
  • Les classes pharmacothérapeutiques les plus fréquemment retrouvées sont
    • les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS),
    • les opiacés (syndrome de sevrage),
    • les agonistes dopaminergiques,
    • les anti-arythmiques
    • et les anesthésiques.

Dans la littérature, les médicaments principalement associés au bâillement sont les agonistes dopaminergiques, les antidépresseurs et en particulier les ISRS. Pour ces derniers, l’excès de bâillement survient préférentiellement le matin, après une prise au cours du petit déjeuner, et diminue en intensité dans l’après-midi. Il n’est pas accompagné de sensation de faim ou d’envie de dormir. L’arrêt du médicament entraîne une guérison sans séquelle.

Parmi les cas publiés, il existe deux observations pour lesquelles d’autres signes cliniques étaient associés.

  • Dans le premier cas, le bâillement était accompagné d’un dysfonctionnement douloureux de l’articulation temporo-mandibulaire objectivé par un examen odontologique et une radiographie de la mâchoire (Gen Hosp Psychiatry 2003;25:217-8).
  • Dans la seconde observation, les bâillements excessifs étaient accompagnés d’orgasmes spontanés régressifs à l’arrêt du traitement et apparaissant de nouveau à la re-prise du médicament (rechallenge positif) (J Clin Psychopharmacol 1989;9:384).

Le bâillement a longtemps été considéré comme un phénomène négligeable et l’excès de bâillement comme effet iatrogène est sous-déclaré. Cet effet indésirable est rarement répertorié dans les recommandations communes des produits de santé. Pourtant, l’arrêt du médicament permet, dans la plupart des cas, la disparition de ce symptôme pouvant altérer la vie sociale des patients.

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