En cas d’exposition à de fortes chaleurs, le corps (et le cerveau !) met tout en œuvre pour s’adapter et maintenir la température corporelle à 37 degrés : vasodilatation des vaisseaux à la surface de la peau afin de permettre une meilleure évacuation de la chaleur et sudation (transpiration excessive), qui peut entrainer une déshydratation, laquelle va déclencher une sensation de soif pour favoriser l’ingestion d’eau. Chez des patients très exposés à la chaleur ou vulnérables, notamment par l’âge, cette adaptation n’est pas ou plus tout à fait opérationnelle, diminuant par exemple le réflexe de l’individu pour boire et compenser la déshydratation. Le système de thermorégulation peut alors être dépassé, entrainant une élévation de la température corporelle.

En cas de vague de chaleur, deux complications principales peuvent survenir :

  • le syndrome d’épuisement-déshydratation qui  se manifeste notamment par des céphalées, nausées et vomissements, vertiges, perte de connaissance, faiblesse musculaire avec crampes, hypotension, tachycardie ou dyspnée.
  • le coup de chaleur, qui correspond à une élévation brutale de la température du corps (> 40°C), associée à des troubles neurologiques sévères (délire, hallucinations, convulsions et coma), pouvant engager le pronostic vital.   

Certains médicaments sont susceptibles d’aggraver un syndrome d’épuisement-déshydratation ou un coup de chaleur. Il s’agit principalement de ceux qui peuvent perturber directement la thermorégulation (au niveau central : antipsychotiques, antidépresseurs, … ou au niveau périphérique : atropiniques, vasoconstricteurs, …), et de ceux favorisant une déshydratation (diurétiques, glifozines, topiramate, …).

De plus, la chaleur peut majorer le risque d’effets indésirables de certains médicaments à cause de la déshydratation consécutive à la transpiration excessive et aux apports hydrique insuffisants (lithium, metformine…) (1).  

Durant les périodes de canicule de cet été 2026, les CRPVs ont reçu plusieurs effets indésirables graves en lien avec la chaleur. Nous vous en présentons deux notoires, plus particulièrement reçus dernièrement :

avec la metformine : la moindre élimination de la metformine en cas de déshydratation peut conduire à son accumulation dans le sang, avec en conséquence le risque bien connu d’acidose lactique parfois sévère et mettant en jeu le pronostic vital.

 – avec les psychotropes : ils perturbent la thermorégulation commandée par le cerveau et peuvent entrainer une hyperthermie, dont les conséquences peuvent être celles du coup de chaleur. La majorité des antipsychotiques ont de plus des propriétés anticholinergiques qui réduisent la transpiration et donc favorisent l’hyperthermie. Le risque du syndrome malin des neuroleptiquesi peut aussi être accentué. De même, les antidépresseurs sérotoninergiques augmentent le risque du syndrome sérotoninergiqueii. L’association de plusieurs lignes de psychotropes (antipsychotiques et antidépresseurs par exemple) favorisent ce risque d’hyperthermie.

Ainsi, en cas de forte chaleur, il est recommandé d’informer les patients, en particulier les sujets fragiles, polypathologiques et polymédicamentés, des risques éventuels de leurs traitements et des mesures de surveillance à mettre en place, le cas échéant. Si vous constatez un effet indésirable médicamenteux grave pour lequel vous suspectez qu’il ait pu être favorisé par la chaleur, merci de le déclarer à votre Centre Régional de pharmacovigilance le plus proche.


(1) https://ansm.sante.fr/uploads/2025/06/19/20250618-liste-des-medicaments-pouvant-diminuer-l-adaptation-de-l-organisme-aux-vagues-de-chaleur.pdf)

i Syndrome malin des neuroleptiques : forte fièvre (souvent > 40 °C), rigidité musculaire intense, troubles de la conscience (confusion, coma) et dysfonctionnements du système nerveux autonome (tachycardie, sueurs)

ii Syndrome sérotoninergique : triade de symptômes avec altération de l’état mental (confusion, délire, agitation), hyperactivité autonomique (tachycardie, hypertension, hypersudation, diarrhée, hyperthermie) et anomalies neuromusculaires (tremblements, hyperréflexie, akathisie…).

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