L’équipe du Centre Régional de Pharmacovigilance (CRPV) de Toulouse a récemment publié, en collaboration avec d’autres CRPV, dans la revue Thérapies, une étude portant sur le risque d’ulcération cutanéomuqueuse liée au nicorandil [1].
Le nicorandil est un médicament indiqué comme anti-angineux. Il agit en activant l’ouverture des canaux potassiques adénosine tri phosphate (ATP) dépendant, entraînant une vasodilatation, actions comparables aux dérivés nitrés.
Ce médicament a obtenu son autorisation de mise sur le marché en 1992 dans l’indication de l’angor instable. Son utilisation a été secondairement restreinte, notamment en raison de nombreux cas d’ulcérations rapportés depuis les années 2000 ayant conduit à la réévaluation de sa balance bénéfice risque en 2015.
Malgré les nombreuses campagnes d’information, des cas d’ulcération cutanéomuqueuse en lien avec le nicorandil sont toujours rapportés.
L’objectif de ce travail était de mettre à jour les données de déclaration de pharmacovigilance (une précédente étude avait été publiée en 2018 par l’équipe du CRPV de Lille [2], et d’étudier également cet effet indésirable en utilisant, en complément, les données du programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) du CHU de Toulouse.
Cette étude a permis d’identifier au total 62 cas : 28 cas enregistrés dans la base Française de pharmacovigilance entre janvier 2017 et fin novembre 2024, et 34 cas supplémentaires identifiés dans le PMSI du CHU de Toulouse. Aucun cas du PMSI n’avait été déclaré au CRPV de Toulouse.
Il avait été retrouvé 6 cas de décès, dont 3 malgré l’arrêt du nicorandil, principalement en raison de complications digestives ou de sepsis. Les ulcérations cutanées étaient principalement localisées sur les membres inférieurs et les ulcérations muqueuses affectaient majoritairement les muqueuses buccales et digestives.
Ainsi, malgré la baisse des ventes (baisse d’environ 34 % des ventes en officine et environ 24 % à l’hôpital entre 2017 et 2023), cette étude montre la persistance d’effets indésirables graves d’ulcérations cutanéomuqueses avec le nicorandil, la méconnaissance de cet effet indésirable retardant l’arrêt du médicament et aggravant le pronostic du patient.
En pratique, les effets indésirables graves connus doivent continuer à être suivis afin de récolter de nouvelles données pouvant conduire à la réévaluation de la balance bénéfices/risques des médicaments. La notification de ces cas aux CRPV reste l’élément clés pour y parvenir.
Références :
[1] Batty L, Lapalus J, Trime E, Schiro P, Barus R, Fabre D, Béné J, Moragny J, Prontskus V, Bagheri H. [Risk of mucocutaneous ulcerations associated with nicorandil: Recent data of the French Pharmacovigilance DataBase and Toulouse Hospital Discharge DataBase (NICORUC)]. Therapie. 2026 Jul-Aug;81(4):297-302. doi: 10.1016/j.therap.2025.08.001. Epub 2025 Sep 5.
[2] Béné J, Carpentier O, Sabanowski S, Laroche ML, Beyens MN, Lambert M, Gautier S; French Pharmacovigilance Network. Nicorandil and cutaneous ulcerations, their misdiagnosis and consequences: Illustration by five cases reports and a review of the French pharmacovigilance database. Therapie. 2018 Oct;73(5):409-417. doi: 10.1016/j.therap.2018.01.004. Epub 2018 Jan 31.
