Suxaméthonium, hyperkaliémie et troubles du rythme cardiaque en réanimation

Article extrait du bulletin VIGIKING normand Jan-Fév 2020

Plane et al. ont rapporté le cas d’un patient de 58 ans hospitalisé en réanimation pour un syndrome de détresse respiratoire aiguë sévère dans un contexte de grippe AH1N11. Après 31 jours de ventilation mécanique et un sevrage ventilatoire progressif, le patient a été extubé avec un relais par ventilation non invasive. Le lendemain et devant une aggravation respiratoire, le patient a dû être réintubé en urgence après une induction en séquence rapide par ETOMIDATE IV (0,3 mg/kg) et SUXAMETHONIUM IV (1 mg/kg). Immédiatement après l’induction, le patient a présenté un arrêt cardiaque sur des troubles du rythme ventriculaire induits par une hyperkaliémie liée au SUXAMETHONIUM (kaliémie (N : 3,6-4,8 mM) passant de 3,5 mM à 9,6 mM au décours immédiat de l’injection de suxaméthonium). La réanimation cardiopulmonaire a été initiée avec traitement de l’hyperkaliémie permettant la correction de cette dernière et un retour en rythme sinusal.

Le suxaméthonium, ou succinylcholine, est constitué de deux molécules d’acétylcholine (Ach). Il agit comme agoniste non compétitif de l’Ach en se liant aux récepteurs nicotiniques de la plaque motrice. Cette liaison provoque une activation temporaire du canal transmembranaire entrainant ainsi une dépolarisation musculaire anarchique responsable de fasciculation clinique diffuse. Ainsi, l’activation du récepteur nicotinique par le suxaméthonium est responsable d’une libération d’ions potassium à l’origine d’une augmentation de la kaliémie qui peut être significative chez les patients présentant une fragilité de la membrane musculaire (myopathie) ou une augmentation du nombre de récepteurs post-synaptiques (=dérégulation haute). La variation de la kaliémie peut alors être de plusieurs mEq/l et entrainer des modifications du rythme cardiaque pouvant aller jusqu’à l’arrêt cardiaque.

Certaines situations pathologiques sont associées à une dérégulation haute comme les brûlures étendues, les traumatismes musculaires graves, les paraplégies ou hémiplégies, le tétanos, l’immobilisation prolongée ou la neuromyopathie de réanimation (NMR) dans lesquelles l’utilisation de suxaméthonium est contre-indiquée. Dans le cas présent et malgré une ventilation mécanique prolongée, le patient ne présentait pas les critères permettant de retenir le diagnostic de NMR avec un score MRC à plus de 48/60. Il n’avait donc pas de contre-indication théorique au suxaméthonium.

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