Le polysorbate 80. Y penser en cas d’allergie!

Article extrait à partir de l’article « Vos questions : à propos d’un excipent, le polysorbate 80 !!! » des Brèves de Pharmacosurveillance N°63 du CRPV de Lille

Choc anaphylactique au polysorbate 80
Un patient a présenté un choc anaphylactique au décours d’une infiltration épidurale sous scanner pour laquelle il avait reçu une injection d’HYDROCORTANCYL® (prednisolone), de XYLOCAINE® (lidocaïne) et de VISIPAQUE® (iodixanol). Les tests allergologiques cutanés avec la lidocaïne et l’iodixanol se sont avérés négatifs. Concernant les corticoïdes, les tests avec SOLUMEDROL® (méthylprednisolone), CELESTENE® (bétaméthasone) et SOLUPRED® (prednisolone) étaient également négatifs. En revanche, les tests étaient positifs pour HYDROCORTANCYL® (prednisolone), DIPROSTENE® (bétaméthasone) et pour BUDESONIDE générique en inhalation. Devant ces résultats, la question d’une allergie aux excipients s’est donc posée. Des tests ont alors été réalisés avec du polysorbate 80, de la carmellose et de l’alcool benzylique (excipients entrant dans la composition de SOLUMEDROL®, CELESTENE® et SOLUPRED®) et se sont avérés positifs pour le polysorbate 80 uniquement.
Dans la littérature médicale, quelques cas de réaction anaphylactique sont décrits après administration parentérale de médicaments contenant du polysorbate 80 parmi leurs excipients, avec par la suite une positivité des tests cutanés (2). Ceci est notamment le cas pour le vaccin GARDASIL® (3), l’érythropoiétine et la darbépoétine (2), l’omalizumab (XOLAIR®) (contient du polysorbate 20) (4). Cette liste n’est pas exhaustive…

Ainsi, les patients qui présentent une allergie vis à vis du polysorbate 80, ainsi que leurs médecins, doivent toujours vérifier l’absence de cet excipient en cas de traitement par voie parentérale. A noter que le polysorbate 80 a une biodisponibilité orale quasiment nulle, ce qui explique que les patients allergiques à cet excipient tolèrent les traitements par voie orale et les aliments en contenant. C’est d’ailleurs le cas du patient ci-dessus, qui tolère parfaitement l’oméprazole bien que celui-ci contienne cet exipient.

Toxicité hépatique du polysorbate 80
Une jeune femme, césarisée en urgence, présentait le lendemain d’une injection d’amiodarone par voie intraveineuse (CORDARONE®) pour une cardiopathie avec passage en flutter, un tableau de cytolyse à plus de 10 fois la normale avec un facteur V à 20 % et une CIVD. Deux hypothèses: défaillance hémodynamique aiguë per-opératoire ou toxicité de l’amiodarone. Dans ce cas, il s’agissait d’une défaillance hémodynamique aiguë mais cette question permet de faire le point sur le rôle possible du polysorbate 80 dans les effets indésirables hépatiques de l’amiodarone injectable, .
La toxicité hépatique aiguê de l’amiodarone injectable est connue et se manifeste très rapidement (moins de 24 h) après son administration par une atteinte hépatique aiguë avec insuffisance hépatique (une trentaine de cas cliniques publiés) (5). L’évolution peut être fatale et impose une surveillance très stricte des patients concernés, la demi-vie de l’amiodarone étant longue et donc son élimination prolongée. Cette toxicité hépatique aiguë pourrait être en rapport avec la présence de polysorbate 80, qui, par ses propriétés hypotensives, pourrait être responsable de la survenue d’une hypoperfusion hépatique à l’origine d’une ischémie hépatique (6). Cette hypothèse n’est cependant pas systématiquement vérifiée. Une autre hypothèse repose sur une action toxique directe du polysorbate sur le foie. Cette complication est, comme pour l’allergie, liée au polysorbate administré par voie parentérale et ne contre-indique pas l’utilisation de l’amiodarone par voie orale.

  1. https://ansm.sante.fr/var/ansm_site/…/29aa941a3e557fb62cbe45ab09dce305.pdf
  2. J Investig Allergol Clin Immunol. 2016;26:394-6
  3. BMJ Case Rep. 2012;may 8.pii:bcr0220125797
  4. Ann allergy, asthma immunol: official publication of the American College of Allergy, Asthma, & Immunology 2018. 120 : 664–6;
  5. Gastroenterology Res. 2018;11:62-63;
  6. J Clin Pharm Ther. 2018 ;43:129-33